Le Tics, Théâtre d'Improvisation de Chambéry en Savoie

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Reprolac
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George Dandin acte 1 scène 2

(03-02-2005)

Acte1, Scène II ( GEORGE DANDIN, LUBIN.) GEORGE DANDIN, voyant sortir Lubin de chez lui: Que diantre ce drôle-là vient-il faire chez moi? LUBIN: Voilà un homme qui me regarde. GEORGE DANDIN: Il ne me connaît pas. LUBIN: Il se doute de quelque chose. GEORGE DANDIN: Ouais! il a grand'peine à saluer. LUBIN: J'ai peur qu'il n'aille dire qu'il m'a vu sortir de là dedans. GEORGE DANDIN: Bonjour. LUBIN: Serviteur. GEORGE DANDIN: Vous n'êtes pas d'ici, que je crois? LUBIN: Non, je n'y suis venu que pour voir la fête de demain. GEORGE DANDIN: Hé! dites-moi un peu, s'il vous plaît, vous venez de là-dedans? LUBIN: Chut! GEORGE DANDIN: Comment? LUBIN: Paix! GEORGE DANDIN: Quoi donc? LUBIN: Motus! Il ne faut pas dire que vous m'ayez vu sortir de là. GEORGE DANDIN: Pourquoi? LUBIN: Mon Dieu! parce. GEORGE DANDIN: Mais encore? LUBIN: Doucement. J'ai peur qu'on ne nous écoute. GEORGE DANDIN: Point, point. LUBIN: C'est que je viens de parler à la maîtresse du logis, de la part d'un certain Monsieur qui lui fait les doux yeux, et il ne faut pas qu'on sache cela. Entendez-vous? GEORGE DANDIN: Oui. LUBIN: Voilà la raison. On m'a enchargé de prendre garde que personne ne me vît, et je vous prie au moins de ne pas dire que vous m'ayez vu. GEORGE DANDIN: Je n'ai garde. LUBIN: Je suis bien aise de faire les choses secrètement comme on m'a recommandé. GEORGE DANDIN: C'est bien fait. LUBIN: Le mari, à ce qu'ils disent, est un jaloux qui ne veut pas qu'on fasse l'amour à sa femme, et il ferait le diable à quatre si cela venait à ses oreilles: vous comprenez bien? GEORGE DANDIN: Fort bien. LUBIN: Il ne faut pas qu'il sache rien de tout ceci. GEORGE DANDIN: Sans doute. LUBIN: On le veut tromper tout doucement: vous entendez bien? GEORGE DANDIN: Le mieux du monde. LUBIN: Si vous alliez dire que vous m'avez vu sortir de chez lui, vous gâteriez toute l'affaire: vous comprenez bien? GEORGE DANDIN: Assurément. Hé! comment nommez-vous celui qui vous a envoyé là-dedans? LUBIN: C'est le seigneur de notre pays, monsieur le vicomte de chose. Foin! je ne me souviens jamais comment diantre ils baragouinent ce nom-là, monsieur Cli... Clitande. GEORGE DANDIN: Est-ce ce jeune courtisan qui demeure. LUBIN: Oui: auprès de ces arbres. GEORGE DANDIN, à part: C'est pour cela que depuis peu ce damoiseau poli s'est venu loger contre moi; j'avais bon nez sans doute, et son voisinage déjà m'avait donné quelque soupçon. LUBIN: Testigué! c'est le plus honnête homme que vous ayez jamais vu. Il m'a donné trois pièces d'or pour aller dire seulement à la femme qu'il est amoureux d'elle, et qu'il souhaite fort l'honneur de pouvoir lui parler. Voyez s'il y a là une grande fatigue pour me payer si bien, et ce qu'est au prix de cela une journée de travail où je ne gagne que dix sols. GEORGE DANDIN: Hé bien! avez-vous fait votre message? LUBIN: Oui, j'ai trouvé là-dedans une certaine Claudine, qui tout du premier coup a compris ce que je voulais, et qui m'a fait parler à sa maîtresse. GEORGE DANDIN, à part: Ah! coquine de servante! LUBIN: Morguéne! cette Claudine-là est tout à fait jolie, elle a gagné mon amitié, et il ne tiendra qu'à elle que nous ne soyons mariés ensemble. GEORGE DANDIN: Mais quelle réponse a fait la maîtresse à ce Monsieur le courtisan? LUBIN: Elle m'a dit de lui dire. Attendez, je ne sais si je me souviendrai bien de tout cela. Qu'elle lui est tout à fait obligée de l'affection qu'il a pour elle, et qu'à cause de son mari, qui est fantasque, il garde d'en rien faire paraître, et qu'il faudra songer à chercher quelque invention pour se pouvoir entretenir tous deux. GEORGE DANDIN, à part: Ah! pendarde de femme! LUBIN: Testiguiéne! cela sera drôle; car le mari ne se doutera point de la manigance, voilà ce qui est de bon; et il aura un pied de nez avec sa jalousie: est-ce pas? GEORGE DANDIN: Cela est vrai. LUBIN: Adieu. Bouche cousue au moins. Gardez bien le secret, afin que le mari ne le sache pas. GEORGE DANDIN: Oui, oui. LUBIN: Pour moi, je vais faire semblant de rien: je suis un fin matois, et l'on ne dirait pas que j'y touche.
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