
Horace un jeune homme bien fait et fils d'un très bon ami apprend à Arnolphe qu'il est tombé amoureux d'une jeune fille gardée au secret par un certain monsieur de la Souche qui n'est autre qu'Arnolphe lui même. Le dessein d'Arnolphe étant de se marier avec sa protégée, il veut connaître la nature des sentiments qui anime Agnès pour ce jeune homme.
Extrait de l'Acte 2 scène 5
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ARNOLPHE
Oui. Mais que faisait-il étant seul avec vous?
AGNÈS
Il disait qu'il m'aimait d'une amour sans seconde,
Et me disait des mots les plus gentils du monde,
Des choses que jamais rien ne peut égaler,
Et dont, toutes les fois que je l'entends parler,
La douceur me chatouille et là dedans remue
Certain je ne sais quoi dont je suis toute émue.
ARNOLPHE, à part.
Ô fâcheux examen d'un mystère fatal,
Où l'examinateur souffre seul tout le mal!
(à Agnès)
Outre tous ces discours, toutes ces gentillesses,
Ne vous faisait-il point aussi quelques caresses?
AGNÈS
Oh tant! Il me prenait et les mains et les bras,
Et de me les baiser il n'était jamais las.
ARNOLPHE
Ne vous a-t-il point pris, Agnès, quelque autre chose?
(La voyant interdite.)
Ouf!
AGNÈS
Hé! il m'a...
ARNOLPHE
Quoi?
AGNÈS
Pris...
ARNOLPHE
Euh!
AGNÈS
Le...
ARNOLPHE
Plaît-il?
AGNÈS
Je n'ose,
Et vous vous fâcherez peut-être contre moi.
ARNOLPHE
Non.
AGNÈS
Si fait.
ARNOLPHE
Mon Dieu, non!
AGNÈS
Jurez donc votre foi.
ARNOLPHE
Ma foi, soit.
AGNÈS
Il m'a pris... Vous serez en colère.
ARNOLPHE
Non.
AGNÈS
Si.
ARNOLPHE
Non, non, non, non. Diantre, que de mystère!
Qu'est-ce qu'il vous a pris?
AGNÈS
Il...
ARNOLPHE, à part.
Je souffre en damné.
AGNÈS
Il m'a pris le ruban que vous m'aviez donné.
À vous dire le vrai, je n'ai pu m'en défendre.
ARNOLPHE, reprenant haleine.
Passe pour le ruban. Mais je voulais apprendre
S'il ne vous a rien fait que vous baiser les bras.
AGNÈS
Comment? est-ce qu'on fait d'autres choses?
ARNOLPHE
Non pas.
Mais pour guérir du mal qu'il dit qui le possède,
N'a-t-il pas exigé de vous d'autre remède?
AGNÈS
Non. Vous pouvez juger, s'il en eût demandé,
Que pour le secourir j'aurais tout accordé.
ARNOLPHE
Grâce aux bontés du Ciel, j'en suis quitte à bon compte:
Si j'y retombe plus, je veux bien qu'on m'affronte.
Chut. De votre innocence, Agnès, c'est un effet.
Je ne vous en dis mot: ce qui s'est fait est fait.
Je sais qu'en vous flattant le galant ne désire
Que de vous abuser, et puis après s'en rire.
AGNÈS
Oh! point: il me l'a dit plus de vingt fois à moi.
ARNOLPHE
Ah! vous ne savez pas ce que c'est que sa foi.
Mais enfin apprenez qu'accepter des cassettes,
Et de ces beaux blondins écouter les sornettes,
Que se laisser par eux, à force de langueur,
Baiser ainsi les mains et chatouiller le cœur,
Est un péché mortel des plus gros qu'il se fasse.
AGNÈS
Un péché, dites-vous? Et la raison, de grâce?
ARNOLPHE
La raison? La raison est l'arrêt prononcé
Que par ces actions le Ciel est courroucé.
AGNÈS
Courroucé! Mais pourquoi faut-il qu'il s'en courrouce?
C'est une chose, hélas! si plaisante et si douce!
J'admire quelle joie on goûte à tout cela,
Et je ne savais point encor ces choses-là.
ARNOLPHE
Oui, c'est un grand plaisir que toutes ces tendresses,
Ces propos si gentils et ces douces caresses;
Mais il faut le goûter en toute honnêteté,
Et qu'en se mariant le crime en soit ôté.
AGNÈS
N'est-ce plus un péché lorsque l'on se marie?
ARNOLPHE
Non.
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